Un dirigeant de PME me demandait récemment s'il pouvait faire un site internet seul, sans développeur et avec un budget limité. La réponse est oui, à condition de commencer par les besoins du projet plutôt que par le choix d'un joli modèle. Un site doit avoir un objectif, une structure, des contenus et une solution technique adaptés à son utilisation.
Les systèmes de gestion de contenu, appelés CMS pour « Content Management System », et les créateurs de sites en ligne rendent le travail beaucoup plus accessible. Ils ne font pourtant pas tout à votre place. Il reste à réserver le nom de domaine, préparer les pages, configurer les fonctions, vérifier l'affichage mobile et construire la visibilité du site.
Comment faire un site internet soi-même ?
Pour faire un site internet soi-même, définissez son objectif, choisissez un nom de domaine et une solution de création, préparez l'arborescence, rédigez les contenus, personnalisez le design puis testez chaque page. La programmation n'est pas obligatoire avec un CMS ou un éditeur visuel, mais du temps reste nécessaire pour obtenir un résultat professionnel.
La première décision concerne le rôle du site. Un site vitrine présente une entreprise et ses services. Un blog publie régulièrement des contenus. Un portfolio met en avant des réalisations. Une boutique en ligne ajoute un catalogue, un panier, un système de paiement et une gestion des commandes.
Cette distinction influence tous les choix suivants. Une boutique comprenant plusieurs centaines de références n'a pas les mêmes besoins qu'un site de cinq pages destiné à recevoir des demandes de devis. Avant d'ouvrir un compte sur une plateforme, notez les fonctions dont vous avez réellement besoin :
- présentation de l'entreprise ou de l'activité ;
- publication d'articles ;
- formulaire de contact ou de demande de devis ;
- prise de rendez-vous ;
- vente et paiement en ligne ;
- espace réservé aux membres ;
- connexion avec un outil de gestion commerciale ;
- site disponible en plusieurs langues.
Fixez ensuite un budget et le temps que vous pourrez consacrer au projet. La création ne représente qu'une partie du travail. Le site devra être mis à jour, sauvegardé, sécurisé et enrichi après sa publication.
Astuce de Chloé. Écrivez votre arborescence sur une seule feuille avant de toucher au design. Si vous n'arrivez pas à expliquer le rôle de chaque page en une phrase, votre projet n'est pas encore assez clair pour passer à la construction.
Peut-on faire un site internet gratuitement ?
Il est possible de faire un site internet gratuitement pour tester une idée, apprendre à utiliser un éditeur ou publier quelques pages. Un projet professionnel demande toutefois souvent un forfait payant pour obtenir un domaine personnalisé, retirer les publicités de la plateforme, augmenter le stockage, vendre en ligne ou accéder à certaines fonctions.
Le mot « gratuit » mérite donc d'être regardé de près. Une offre sans abonnement peut imposer une adresse construite sur un sous-domaine de la plateforme. Elle peut aussi limiter l'espace disponible, le nombre de produits, les fonctions marketing ou les moyens de paiement.
Chez Wix, par exemple, l'hébergement est intégré à la plateforme. Un nom de domaine personnalisé peut être inclus pendant la première année avec certains forfaits annuels, mais il n'est pas gratuit indéfiniment. Avec WordPress.org, le logiciel peut être téléchargé sans frais, tandis que l'hébergement, le domaine, certains thèmes et certaines extensions restent à payer.
Le coût réel d'un site peut comprendre :
- le renouvellement annuel du nom de domaine ;
- l'hébergement ou l'abonnement à la plateforme ;
- un thème ou un modèle graphique payant ;
- des extensions professionnelles ;
- une solution de sauvegarde ou de sécurité ;
- les commissions liées aux paiements ;
- une adresse électronique associée au domaine ;
- une intervention technique en cas de panne.
Un site gratuit convient donc à un brouillon, un projet personnel ou une première validation. Pour une entreprise, mieux vaut établir le coût sur trois ans. Une formule peu chère au départ peut devenir contraignante lorsque le trafic, le catalogue ou les besoins de connexion augmentent.
Quel outil choisir pour créer son site web ?
Il n'existe pas un CMS supérieur dans toutes les situations. Le bon choix dépend du type de site, du niveau d'autonomie recherché, du budget et des évolutions prévues. Quand j'étais en agence, les difficultés les plus coûteuses venaient rarement de l'installation initiale. Elles apparaissaient lorsque l'outil ne pouvait plus suivre l'activité.
Un créateur de site en ligne pour aller rapidement
Wix, Webflow, Squarespace ou SiteW réunissent généralement l'éditeur, l'hébergement et la maintenance technique dans une même offre. Vous choisissez un modèle, modifiez les blocs et publiez vos pages depuis une interface visuelle.
Cette formule convient à un site vitrine, un portfolio ou une petite boutique lorsque la simplicité de gestion passe avant la liberté technique. Elle réduit les réglages liés au serveur et aux mises à jour. En contrepartie, le site reste étroitement lié à la plateforme, à ses tarifs et aux fonctions qu'elle propose.
WordPress pour garder davantage de liberté
WordPress.org convient aux blogs, sites vitrines, magazines et boutiques construits avec WooCommerce. Son écosystème comprend de nombreux thèmes et extensions. Il offre aussi une liberté appréciable pour travailler le référencement, la structure des pages et les fonctions sur mesure.
Cette souplesse a un prix en temps. Il faut choisir un hébergement, gérer les mises à jour, surveiller les extensions, réaliser des sauvegardes et intervenir lorsque deux composants deviennent incompatibles. WordPress.com fonctionne différemment : l'hébergement est inclus, avec des possibilités qui dépendent du forfait retenu.
PrestaShop ou une plateforme dédiée à la vente en ligne
PrestaShop est conçu pour le commerce électronique. Il traite les produits, les déclinaisons, les promotions, les transporteurs, les taxes et les commandes. Shopify propose une approche hébergée qui réduit la gestion technique, avec un abonnement et des frais qui varient selon les services utilisés.
Pour choisir une solution e-commerce, ne regardez pas uniquement le nombre de modèles. Vérifiez les moyens de paiement, la gestion des stocks, les transporteurs, la facturation, les règles de TVA, les retours, les statistiques et les connexions avec vos outils internes.
Un développement sur mesure pour les besoins particuliers
Le développement personnalisé se justifie lorsqu'un projet possède des règles métier qu'un CMS gère mal : espace client complexe, moteur de calcul, extranet, synchronisation avec plusieurs logiciels ou parcours de commande particulier.
Cette voie demande généralement un budget plus élevé et un suivi technique. Elle peut toutefois éviter l'empilement d'extensions fragiles. Avant de décider, listez les fonctions réellement propres à votre activité. Beaucoup de projets présentés comme « sur mesure » peuvent être réalisés avec un CMS correctement configuré.
Pour comparer plus précisément ces solutions, commencez par choisir un CMS pour créer un site selon votre niveau technique et les fonctions attendues.
Quelles sont les étapes pour construire un site efficace ?
Une fois l'outil retenu, le travail doit suivre un ordre logique. Commencer directement par les couleurs ou la page d'accueil conduit souvent à multiplier les corrections.
Choisir le nom de domaine et l'hébergement
Le nom de domaine doit être court, lisible et facile à dicter. Évitez les formulations trop longues, les successions de tirets et les mots difficiles à orthographier. Vérifiez aussi qu'il ne crée pas de confusion avec une entreprise ou une marque existante.
L'hébergement stocke les fichiers et les données du site. Avec un créateur de site hébergé, il est compris dans l'offre. Avec un CMS installé librement, vous devez sélectionner un hébergeur selon le trafic prévu, la capacité de stockage, les sauvegardes, l'assistance et le niveau de performance attendu.
Le certificat HTTPS protège les échanges entre le navigateur et le serveur. Il doit être activé avant la publication, notamment pour les formulaires, les comptes utilisateurs et les paiements.
Préparer l'arborescence et les contenus
L'arborescence organise les pages et les liens entre elles. Pour un site vitrine, une première structure peut comprendre l'accueil, les services, les pages consacrées à chaque offre, la présentation de l'entreprise, les réalisations, le contact et les pages légales.
Chaque page doit remplir un rôle précis. Une page de service répond à une intention commerciale. Un article traite une question. La page d'accueil oriente vers les contenus utiles. Évitez de placer toutes les informations sur une seule page sous prétexte de raccourcir la navigation.
Rédigez les textes avant de finaliser la maquette. Le design doit s'adapter au contenu, pas l'inverse. Préparez également les images dans des dimensions raisonnables et renseignez un texte alternatif lorsqu'il décrit une information utile.
Concevoir un design lisible sur tous les écrans
Un bon design ne cherche pas à impressionner à chaque défilement. Il aide le visiteur à comprendre où il se trouve, ce que propose l'entreprise et quelle action il peut réaliser.
Travaillez une hiérarchie visible entre le titre principal, les sous-titres et le texte. Limitez le nombre de couleurs et de polices. Vérifiez le contraste, la taille des caractères, l'espacement des boutons et la lisibilité des formulaires.
La version mobile ne doit pas être traitée comme une réduction de la version ordinateur. Les menus, tableaux, images et boutons doivent rester utilisables sur un petit écran. Testez plusieurs largeurs avant la publication.
Préparer les pages légales et la gestion des données
Un site professionnel publié en France doit comporter des mentions légales correspondant au statut de son éditeur. Elles identifient notamment l'entreprise et l'hébergeur. D'autres informations peuvent être nécessaires selon l'activité.
Si le site collecte des données par un formulaire, une inscription ou une commande, le visiteur doit recevoir une information adaptée sur leur utilisation. Certains cookies et traceurs nécessitent son consentement avant leur dépôt. Une boutique doit aussi présenter les informations contractuelles et commerciales applicables à la vente en ligne.
Un modèle générique trouvé sur Internet ne tient pas forcément compte de votre situation. Faites contrôler ces pages par un professionnel du droit si le site traite beaucoup de données, vend des produits ou propose des contrats à des consommateurs.
Comment réussir la mise en ligne et le référencement ?
La publication n'est pas la dernière étape. Avant d'ouvrir le site au public, parcourez toutes les pages comme le ferait un visiteur. Cliquez sur les menus, les boutons et les liens. Envoyez chaque formulaire. Effectuez une commande test si le site vend en ligne.
Contrôlez également :
- l'affichage sur ordinateur, tablette et téléphone ;
- la vitesse de chargement des pages ;
- la présence d'un seul titre principal par page ;
- la clarté des adresses URL ;
- les messages d'erreur des formulaires ;
- la réception des courriels automatiques ;
- les sauvegardes et leur restauration ;
- la présence des mentions légales et des informations sur les données personnelles ;
- l'absence de pages de démonstration ou de textes factices.
Le référencement naturel, ou SEO pour « Search Engine Optimization », commence pendant la conception. Chaque page doit cibler une intention identifiable et proposer une réponse plus utile qu'une simple répétition de mots-clés.
Rédigez un titre HTML propre, un H1 naturel et une meta description cohérente. Reliez les pages qui traitent de sujets complémentaires. Compressez les images, évitez les contenus dupliqués et donnez aux moteurs de recherche une structure facile à parcourir.
Après la mise en ligne, déclarez le site dans Google Search Console, envoyez le fichier sitemap et surveillez les erreurs d'exploration. Suivez aussi les demandes de contact, les ventes ou les prises de rendez-vous. Le trafic seul ne dit pas si le site remplit sa mission.
Faire un site internet seul est donc réaliste pour un projet simple, à condition d'accepter le temps de préparation et de maintenance. Si vous devez choisir votre première action, ne cherchez pas encore un modèle graphique. Écrivez l'objectif du site, les cinq pages prioritaires et l'action attendue sur chacune. Le choix technique deviendra beaucoup plus évident.