Un dirigeant d'une PME industrielle que j'accompagnais sur sa politique de recrutement m'a posé la question un mardi matin, entre deux points budget : ses intérimaires avaient-ils vraiment intérêt à ouvrir un compte épargne-temps ? Le CET intérim permet à un salarié en mission de mettre de côté des congés non pris, des primes ou des indemnités de fin de mission, pour les récupérer plus tard en argent ou en repos. Depuis l'an 2000, ce dispositif, historiquement réservé aux CDI, est ouvert aux intérimaires, sous certaines conditions.
Qu'est-ce que le CET en intérim ?
Le compte épargne temps, ou CET, est un compte virtuel ouvert par l'agence d'intérim à la demande du salarié. Il permet d'y placer des jours de repos non pris, des primes ou des indemnités de fin de mission, transformés en épargne rémunérée. L'intérimaire peut ensuite les récupérer en argent, à tout moment, ou les convertir en jours de congé.
Le dispositif s'appuie sur les articles L 3151-1 et suivants du code du travail, et sur l'accord de branche du 27 mars 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail, qui l'a étendu aux personnels intérimaires. Rien n'oblige une agence à le proposer, et rien n'oblige un intérimaire à l'accepter : c'est un dispositif facultatif des deux côtés, mis en place par accord collectif au sein de l'entreprise de travail temporaire.
Quelles sont les conditions pour ouvrir un CET en intérim ?
Pour ouvrir un CET, il faut avoir travaillé au moins 910 heures au cours des douze derniers mois au sein de la même agence d'intérim, et donner son accord écrit à l'ouverture du compte. En cas de changement d'agence, le compteur repart de zéro : il faut à nouveau atteindre 910 heures chez le nouvel employeur pour pouvoir en bénéficier.
L'entreprise de travail temporaire qui propose un CET doit, elle aussi, respecter des obligations : signer une convention ou un accord collectif avec les partenaires sociaux, afficher l'existence du dispositif en agence et remettre une notice détaillant son fonctionnement à chaque intérimaire. Le compte reste valable pour toutes les agences du même réseau, mais jamais transférable d'une ETT à une autre sauf accord contraire.
Astuce de Chloé. Avant de dire oui, demandez la notice d'information écrite à votre agence : elle précise le taux exact, les motifs de déblocage retenus et le mode de calcul propres à cette ETT. Deux agences du même groupe peuvent appliquer des règles différentes, alors autant comparer sur pièce plutôt que sur la parole d'un conseiller.
Comment alimenter son compte épargne temps ?
Le CET se remplit de trois façons, selon ce que l'intérimaire choisit d'y affecter et ce que prévoit l'accord de son agence.
| Type d'alimentation | Ce qu'on peut y placer |
|---|---|
| En temps | Jours de repos non pris, repos compensateurs, jours liés à la réduction du temps de travail |
| En argent | Primes conventionnelles, indemnités de fin de mission (IFM), indemnités compensatrices de congés payés (ICCP), plafonnées à 10 jours par an |
| Par l'employeur | Abondement complémentaire prévu par convention, heures supplémentaires majorées si l'accord le permet |
Quel que soit le mode d'alimentation retenu, le cumul total ne peut pas dépasser 22 jours par an, congés payés, repos compensateurs et jours de RTT confondus. Ce plafond est fixé par l'article 6 de l'accord du 27 mars 2000, pas négociable agence par agence.
Quel taux d'intérêt attendre de son CET intérim ?
Il n'existe pas de taux légal garanti. Chaque entreprise de travail temporaire fixe librement le taux de rémunération de son CET, dans le cadre de son accord collectif. En 2026, les taux constatés sur le marché de l'intérim se situent généralement entre 5 % et 8 % brut par an selon les agences, bien au-dessus du Livret A. Certaines enseignes font varier ce taux selon le nombre d'heures travaillées dans l'année, d'autres appliquent un taux fixe dès l'ouverture du compte.
Sur une mission récente, comparer les CET de deux agences pour les mêmes profils m'a montré un écart de taux de plus de 2 points à volume horaire équivalent. Le seul chiffre fiable reste celui écrit sur la notice de l'agence concernée, jamais une moyenne de marché.
Comment récupérer et débloquer son CET intérim ?
Le déblocage n'est jamais automatique. Il faut le demander, selon une procédure encadrée par l'accord de 2000 :
- Adresser une demande écrite à l'agence, en précisant le montant souhaité, la date et le motif du déblocage.
- Respecter un délai de prévenance d'au moins 12 jours ouvrés avant la date de retrait souhaitée.
- Attendre la réponse de l'agence, qui dispose de 7 jours ouvrés pour répondre à la demande.
- Recevoir le montant débloqué sur le bulletin de salaire suivant, soumis aux cotisations sociales comme un salaire classique.
Deux seuils de droits acquis permettent aussi un déblocage prioritaire : 14 heures, soit deux jours, pour une demande de formation ou de VAE, et 70 heures, soit dix jours, pour tout autre motif. Le déblocage peut être total ou partiel, et demandé à tout moment dès que ces seuils sont atteints.
Que devient le CET en cas de changement d'agence ou de fin de mission ?
La fin d'un contrat de mission ne déclenche pas, à elle seule, le déblocage du CET : l'épargne reste disponible tant qu'elle n'est pas réclamée. Le transfert n'est possible que vers une filiale du même groupe, si l'accord le prévoit ; sinon, l'intérimaire choisit entre garder son CET ou le clôturer.
Que se passe-t-il si le CET reste inactif pendant plusieurs années ?
Sans aucun versement pendant 5 ans, le compte est clôturé automatiquement par l'agence, et l'intégralité de l'épargne accumulée, capital et intérêts compris, est versée à l'intérimaire sur le bulletin de paie suivant. Autrement dit, un CET oublié ne se perd jamais, il finit simplement par se solder tout seul.
Comparatif des taux CET par agence : que proposent les principales enseignes ?
Chaque agence fixe son propre taux dans son accord collectif : il n'y a pas de barème commun. Voici les taux que les principales enseignes communiquaient elles-mêmes en juillet 2026, à titre indicatif : ils sont révisables par l'agence à tout moment et ne remplacent pas la notice qui vous est remise.
| Agence | Taux annoncé | Particularité |
|---|---|---|
| Adecco | 6 % à 8 % brut/an | Taux progressif selon le nombre d'heures travaillées, 8 % dès l'ouverture en CDI intérimaire |
| Side | 8 % brut/an | Taux fixe, clôture automatique après 6 mois d'inactivité |
| Artus | 8 % brut/an | Épargne utilisable pendant 5 ans à compter de l'ouverture |
| Staffmatch | 8 % brut/an | Réservé aux intérimaires ayant atteint un statut de fidélité donné |
| Extracadabra | 12 % brut/an | Taux le plus élevé du marché au moment de la publication |
L'écart va du simple au double selon l'enseigne. Un taux élevé affiché en communication ne dit rien des conditions d'accès : statut de fidélité requis, ancienneté, ou volume d'heures minimal. Le seul comparatif fiable reste celui que vous ferez vous-même, notice en main, entre les agences avec lesquelles vous travaillez réellement.
Questions fréquentes sur le CET intérim
Le CET intérim est-il imposable ?
Les sommes débloquées sont soumises aux cotisations sociales et entrent dans le calcul de l'impôt sur le revenu, comme un salaire classique. En revanche, tant que l'épargne reste sur le compte sans être débloquée, elle n'est pas imposée.
Peut-on cumuler plusieurs CET dans différentes agences ?
Oui, rien n'empêche d'ouvrir un CET dans chaque agence avec laquelle vous travaillez, puisque le compte n'est pas transférable d'une ETT à une autre. Cela devient vite plus difficile à suivre, d'où l'intérêt de centraliser ses missions chez peu d'agences si l'épargne est un objectif.
Que devient mon CET si mon agence d'intérim fait faillite ?
Les droits acquis sur le CET sont garantis par l'AGS, l'association qui garantit les salaires en cas de défaillance de l'employeur. L'intérimaire ne perd donc pas son épargne en
Le CET intérim est-il obligatoire ?
Non, dans les deux sens : une agence n'est jamais tenue de le proposer, et un intérimaire qui se voit offrir cette possibilité reste libre de refuser l'ouverture du compte.
Si votre agence dépasse les 7 jours ouvrés prévus pour répondre à une demande de déblocage, le premier réflexe reste d'écrire à votre conseiller pour formaliser la relance. En cas de blocage persistant ou de litige sur les sommes dues, l'inspection du travail ou le conseil de prud'hommes restent les interlocuteurs compétents, pas l'agence elle-même.